Publie le 2017-06-27 14:46:00

Henri Konan Bédié est clair : « En 2020, le candidat du RHDP sera issu de mon parti »




L’ancien chef de l’État reste un acteur majeur de la scène ivoirienne. Mutineries, grogne sociale, présidentielle de 2020, affaires judiciaires… Sur toutes ces questions, le Sphinx de Daoukro a un avis tranché. Entretien exclusif pour JeuneAfrique.

Jeune Afrique : Mutineries, grogne sociale, grève des fonctionnaires, crise dans l’agrobusiness, crise du cacao… La Côte d’Ivoire aura vécu une première moitié d’année 2017 particulièrement compliquée. Cela vous inquiète-t-il ?

Henri Konan Bédié : D’une façon générale, les perspectives de la Côte d’Ivoire sont bonnes. Après les grandes convulsions de 2010, la paix est revenue de manière durable. Le pays enregistre une croissance de plus de 9 % par an, et les investisseurs maintiennent leur confiance. Le récent succès de l’emprunt lancé sur le marché international en est la preuve.
Quant à la chute des cours du cacao, personne n’en est responsable, si ce n’est le marché international. Cela n’est imputable ni au gouvernement ni à Alassane Ouattara. D’ailleurs, le cacao n’est pas la seule matière première à avoir vu son prix chuter. Concernant les mutineries, j’ai condamné cette manière inacceptable de revendiquer bruyamment et par les armes.
Mais cette situation est un peu la suite des événements qui ont conduit à la crise postélectorale de 2010-2011. Quoique, si l’on voulait relater l’histoire, il faudrait remonter plus loin, notamment à 1999, lorsqu’un coup d’État a été perpétré contre mon régime et que je me suis retrouvé en exil, ici, à Paris.

La décision de rémunérer les mutins était-elle justifiée ? Oui. Je crois que le gouvernement a fait ce qu’il fallait compte tenu de l’ampleur du mouvement. C’est la réalité du terrain qui impose les solutions.

Mais l’image du pays a été brouillée par ces mutineries à répétition. Et la manière dont l’État a réagi a été interprétée comme un signe de faiblesse…

Je ne partage pas ce point de vue. Bien sûr qu’il faut agir avec souplesse dans ce genre de situation. Ceux qui critiquent n’avaient qu’à être à la place du gouvernement.

Comment qualifieriez-vous vos relations avec Alassane Ouattara ?

Elles sont excellentes.

Pendant la crise des mutineries, vous a-t-il consulté ?

Absolument, nous avons régulièrement échangé et j’ai pris position pour le soutenir.

Y a-t-il un malaise dans l’armée ivoirienne ?

Certainement. J’espère que les mesures prises y mettront fin.

Six ans après la fin de la crise postélectorale, personne ne semble la contrôler…

C’est un peu trop dire. Cela supposerait que ce soit l’anarchie totale.

Certains éléments ont refusé d’obéir aux ordres qui visaient à mettre fin au mouvement. N’est-ce pas préoccupant ?

Sans doute, mais on peut l’expliquer par le fait que tous entendaient bénéficier des retombées des revendications présentées par leurs collègues.

L’irruption de l’armée dans la vie politique remonte à votre chute, en décembre 1999. On a l’impression que le problème n’a jamais été réglé…

Effectivement. Ce problème est resté latent et même récurrent. On a ouvert la boîte de Pandore ce jour-là. J’avais prévenu que, après un coup d’État, il y en aurait un autre et que rétablir la confiance générale prendrait beaucoup de temps.

Depuis la découverte d’une cache d’armes dans une résidence appartenant à l’un de ses proches, votre « jeune frère » Guillaume Soro est dans la tourmente… Quel regard portez-vous sur cette affaire ?

Guillaume Soro est mon protégé. Lui qui a revendiqué la paternité de la rébellion pour mettre fin à la dictature de Laurent Gbagbo vient de lancer un appel à la réconciliation. À ce titre, il a beaucoup de mérite. Mais, comme on dit, il est plus facile de faire la guerre que la paix. Cela dit, je lui fais confiance.

Peut-on accepter que l’on ait retrouvé chez l’un de ses proches d’importantes quantités d’armes ?

L’enquête est en cours. On ne peut donc pas se prononcer avec tant de certitude.

On sait tout de même que des armes ont été retrouvées. C’est un fait…

Oui, mais il y a des caches d’armes ailleurs, et on en découvrira certainement encore d’autres.

En voulant réagir à la polémique, certains des proches du président de l’Assemblée nationale n’ont pas hésité à vous attaquer personnellement. Comment réagissez-vous ?

Je n’en ai pas tenu compte. Ils ont dit que j’avais financé l’achat de ces armes. Il ne faut pas oublier que ces mêmes armes m’ont combattu en 1999. Comment aurais-je pu payer des milliards pour en faire venir autant en Côte d’Ivoire ? C’est une affaire qui vient de loin, depuis la Libye, en passant par le Burkina Faso.

Guillaume Soro a ses propres ambitions. Il assure même qu’il a reçu la promesse de la part d’Alassane Ouattara, en présence de Blaise Compaoré, qu’il serait son successeur…

Non, je ne pense pas que l’accord que lui a donné Alassane porte sur la présidentielle de 2020.

Il porte sur celle d’après ?

Il porte sur celle de 2030. Guillaume Soro n’est pas excessivement ambitieux, il n’est pas intéressé par les élections de 2020. Il me l’a dit. Il est jeune et a le temps d’attendre. Il est bien là où il est. Il est président de l’Assemblée nationale, ce qui est une très bonne position. Et ça, c’est un accord entre Alassane et moi-même, qui sommes les responsables des deux plus importants partis de Côte d’Ivoire.

Au sein de la nouvelle Assemblée nationale, il a été impossible de créer un groupe RHDP (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix). Il y a d’un côté le Rassemblement des républicains (RDR) et, de l’autre, le PDCI. N’existe-t-il pas un problème entre les deux alliés ?

Non. Le RHDP est un groupement politique de partis autonomes. Nous avions proposé aux partis qui avaient quitté le PDCI du temps du président Houphouët de revenir, mais cet appel n’a pas été accepté. Personne ne veut renoncer à son identité.

Les clivages entre le PDCI, le RDR, l’UDPCI [Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire] et le MFA [Mouvement des forces d’avenir] continuent d’exister. Ce sera ainsi jusqu’à ce que les esprits évoluent et qu’on aboutisse un jour au parti unifié.

Vous aviez annoncé la création de ce parti unifié dès 2014, mais elle ne cesse d’être reportée. Existera-t-il un jour ?

Ce qui existe, c’est le RHDP. Nous avons signé ce pacte électoral en 2005 à Paris pour faire face à la situation de blocage politique que connaissait alors la Côte d’Ivoire. Avec les autres partis du Rassemblement, nous nous sommes engagés à laisser faire la démocratie au premier tour, puis à soutenir le mieux placé d’entre nous au second. Cela a très bien fonctionné en 2010, lorsque Alassane, moi-même, Laurent Gbagbo et d’autres nous sommes présentés.

Alassane a été élu sur la base de cet engagement. En 2015, il a fait savoir son intention de se représenter, et j’ai accepté. À travers l’appel retentissant lancé depuis mon village le 17 septembre 2014, l’appel de Daoukro, j’ai entraîné le PDCI derrière moi, et nous avons renoncé à avoir un candidat. Maintenant, nous approchons de la fin de ce deuxième mandat, et d’autres dispositions doivent être prises.La suite sur JeuneAfrique

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